La mort. C’est quoi au juste ?

L’expérience personnelle de la mort

La mort. Ce moment que nous sommes tous amenés à traverser et dont nous savons pourtant si peu. Bien malin celui qui pourra nous éclairer puisque, par essence, celui qui a fait l’expérience de la mort ne peut plus communiquer avec les vivants.

Avec ma vie de jeune adulte, j’ai été confronté 4 ou 5 fois à la mort. Soit à une fréquence de une fois tous les cinq ans. Beaucoup trop faible pour prétendre avoir une connaissance de la mort.

En Inde, sur les bords du Gange à Bénarès, j’ai eu la chance de rencontrer Shivendra, jeune étudiant en français à l’Université. Son expérience personnelle le pousse à s’interroger sur la mort, à prendre sa mort comme un point de référence pour se construire. J’ai été frappé par la sérénité qui se dégageait de sa personne.

Le dénominateur commun

La mort est un (si ce n’est le) dénominateur commun à tous les hommes. Le seul événement que nous traversons tous ! En cela, je suis surpris qu’il n’occupe pas une place plus importante dans la Société. Par exemple, le système scolaire nous transmet des compétences de base (lire, écrire, compter) et nous forme pour nous intégrer dans la Société. Par contre, il ne s’attarde pas sur la mort : ce qu’elle représente, sa signification ou non, les croyances, les rites, sa réalité biologique… Je garde quelques souvenirs d’un cours de philosophie de lycée et de vagues définitions du cours de biologie mais cela s’arrête là.

Alors notre enfant tente de s’accrocher à ses propres expériences avec la mort, à ce que son éducation familiale lui en dit. Quand on grandit dans une famille athéiste comme la mienne, qui se dit croire malgré tout dans un principe supérieur, difficile de trouver ses repères.

La mort, on l’expérimente à travers les images notamment. Le cinéma, les séries, le Web sont des médias privilégiés par lesquels nous développons un rapport à la mort. La multiplicité de ces face-à-face avec la mort la rende fictivement objet de vie courante. Pour autant, ce rapport nous aide-t-il à connaître la mort ?

A travers mes échanges, j’ai pu rencontrer une majorité de personnes renvoyant une image hédoniste de la vie construite par rapport à la mort. La mort est considéré comme un passage d’un état d’existence vers un état de non-existence. Profitons du court laps de temps qui nous est offert ! Saisissons les plaisirs de la vie ! Dans cette perspective, la vie à l’échelle individuelle correspondrait à l’émergence d’un temps donné dans le continuum de non-existence. Le vide avant, le vide après.

Creusons donc un peu ce qu’il se cache derrière notre mort à nous ?

La mort pourrait tout simplement être ce moment où l’on passe de vie à trépas. Mais cela correspond à quoi exactement ? Lorsque l’on interroge la médecine, on s’aperçoit de la difficulté à définir la mort biologique. Il est souvent plus aisé de la définir par un processus d’arrêt des fonctions vitales.
J’ai posé la question à Aymeric, jeune interne en médecine.

Dans ses réponses, on peut remarquer que la définition de la mort peut varier significativement suivant les juridictions, comme si les hommes mourraient de manière différente par-delà les frontières.

Les expériences de mort imminente

Pour ma part, j’ai vécu mon adolescence avec cette perception très cartésienne de la mort. Jusqu’à ce que l’idée d’un continuum de non-existence que je ne pouvais appréhender devienne trop vertigineuse. Mon chemin m’amena sur la piste des expériences de mort imminente (dont Aymeric fait d’ailleurs brièvement mention). Ces EMI sont des expériences rapportées par des personnes ayant été dans une situation de mort proche, voir ayant été déclarées biologiquement mortes par le corps médical avant de revenir à la vie. La mort ne serait donc pas exactement cette mort biologique ? L’expérience EMI décrite par ces personnes peuvent relever de la croyance. Pour approfondir le sujet, je me suis penché sur une enquête intitulée « La Source Noire » traitant ce phénomène.

Et cette lecture m’a fortement troublé. Avec un esprit cartésien bien forgé, je ne me laisse pas convaincre aisément. Pourtant, plusieurs éléments m’interpellent :
– d’autres scientifiques initialement peu convaincus de la véracité des témoignages y consacrent désormais pleinement leur attention (Kenneth Ring, psychologue, Michael Sabom, cardiologue, Elizabeth Kübler-Ross ou Raymond Moody, médecins) ;
– la similitude des témoignages malgré la diversité des origines et des personnes concernées.

Une forme de conscience pourrait persister au-delà de notre corps ? Les éditorialistes de l’époque ont publié ces diverses études souvent avec des sous-titres sensationnels (La Vie après la mort, Révélations aux portes de la Mort…) qui ont pu décrédibiliser leurs auteurs. Néanmoins, ces textes méritent de poser des questions avec une démarche scientifique. Les chercheurs se doivent de creuser cette limite de la connaissance avec l’objectivité et la rigueur propres à toute démarche scientifique. A titre personnel, des personnes de confiance m’ont témoigné des expériences de mort imminente et cela n’a fait que renforcer cette opinion.

Que ce soit pour quelques instants, pour renaître sous une autre forme, pour un voyage inconnu ou pour un départ vers l’Au-Delà, la conscience pourrait survivre à notre support physique.

Voyage chez les esprits

Durant les semaines à Bornéo, j’ai séjourné chez les Ibans, peuple indigène de l’île. Lang, l’un des plus anciens du village, explique que pour lui, l’âme devient un ancêtre, un esprit restant en interaction avec les vivants.

Plusieurs mois après avoir fait sa rencontre, je suis toujours autant fasciné par la décontraction avec laquelle il discute de sa propre mort.

Pour compléter le tableau de ces croyances, Tambuang, la femme du chef de ce même village décrit les rites traditionnels pour accompagner le défunt.

La continuité de la conscience

A Udaipur (Inde), j’ai été abordé par un sympathique indien francophone. Après un imbroglio de numéro de téléphone et de personne, j’ai fini par me retrouver face à Suresh, couturier, tout aussi sympathique, qui m’a accueilli dans sa boutique pour se prêter au jeu de l’entretien. Suresh est représentatif de la majorité des témoignages recueillis en Inde à ce sujet. La mort ne signifie que la perte de ce corps, l’âme partira habiter un autre corps.

Chez Suresh, je retrouve cette forme de fatalité présente pour une majorité d’indiens. La mort ne survient que par une décision divine.

D’autres expériences comme les techniques d’hypnose pour accéder à des souvenirs profonds supportent l’hypothèse de continuité de la conscience dans la mort. Ou encore de troublants témoignages comme le cas Arthur Flowerdew.

Depuis son adolescence, des images d’une cité entourée d’un désert venaient à l’esprit de Arthur Flowerdew, un anglais du XXe siècle vivant dans le Norfolk. Ces images se firent de plus en plus précises à mesure qu’il grandissait. Lorsque par hasard, il tomba sur un documentaire sur l’ancienne cité de Pétra en Jordanie, il fut étonné de la ressemblance avec ses propres images. Cet homme participa à une émission télévisée de la BBC et le gouvernement jordanien l’invita à visiter Pétra. Préalablement au voyage, un spécialiste de Pétra s’entretint avec Flowerdew pour vérifier minutieusement ses « souvenirs ». Le spécialiste fut étonné des détails fournis que seul un archéologue spécialisé pouvait connaître. Une fois sur place, beaucoup des prédictions de Flowerdew se révélèrent exactes et il expliqua également la fonction d’un bâtiment, un corps de garde, qui restait floue pour les archéologues. L’archéologue qui accompagnait Flowerdew déclara :  » Il a comblé des lacunes dans nos connaissances des détails, et ses révélations concordent en majeure partie avec les faits archéologiques et historiques connus ; il faudrait un esprit très différent du sien pour être capable de soutenir une supercherie à l’échelle de ses souvenirs – du moins, ceux qu’il m’a rapportés. Je ne pense pas que ce soit un imposteur. Je ne crois pas qu’il ait la capacité d’être un imposteur à cette échelle ».

La perspective d’une vie après la mort (qui existe également dans les religions) ouvre la porte à des perceptions de la mort différentes : la mort pourrait simplement être un passage vers une autre réalité (au-delà religieux, espace temporel parallèle…).

A Bodhgaya, dans le lieu le plus saint du Bouddhisme, j’ai attendu à la sortie du temple de la Bodhi pour alpaguer quelques bouddhistes croyants. J’interpelle deux jeunes filles aux traits asiatiques. La plus grande ne parle pas bien anglais et elle appelle sa copine pour discuter avec moi. Saran est très souriante. Elle est un peu intimidée par cette histoire d’interview mais j’obtiens un rendez-vous pour le lendemain au même endroit. Saran est très tranquille et nous nous installons dans le parc adjacent. Saran a été gravement malade quelques années auparavant. Durant ces années, elle a découvert le bouddhisme. J’ai été particulièrement fasciné par ses explications.

Ainsi la perception de la mort peut prendre des formes diverses, riches, complémentaires ou antagonistes dans l’esprit des individus.

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