Une vie. Oui, mais pour quoi faire ?

Après s’être interrogé sur le sens que l’on peut donner à la Mort, je crois que la Vie mérite au moins le même travail. Pourquoi sommes-nous sur Terre ? Quel est le sens de mon passage dans ce monde ?

L’Homme dispose de la conscience de lui-même qui le pousse à s’interroger. Pour comprendre, toujours comprendre.

Un raisonnement de départ

Le raisonnement extrême qui me pousse à proposer cet article est le suivant :
Puisque nous sommes tous destinés à mourir dès notre naissance, pourquoi prendrions-nous une direction de vie plutôt qu’une autre ? Pourquoi aller à l’Ecole ? Pourquoi travailler dans cette branche d’activité ? Pourquoi construire sa vie dans cette région ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
En Occident, le passage sur Terre étant considéré comme éphémère, nous n’emportons rien de notre vie sur Terre au moment de la mort. Cependant, nous laissons des traces, aussi bien matérielles qu’affectives, positives que négatives, auprès de nos proches, de notre communauté humaine. Est-ce que ces traces seraient la raison de notre existence ? J’en doute.
Ces marques que nous laissons ne nous suivent pas à travers la Mort et je reste sceptique sur la capacité altruiste des humains à se donner comme objectif de laisser des traces positives auprès de sa communauté. Mais sait-on jamais …

Alors , allons-y, lançons notre réflexion.

Le sens de la Vie est conditionné par notre perception de la Mort

Le sens de la Vie est très certainement relié à la vision que nous avons de la Mort. Une représentation d’un cycle intégré dans un écosystème complexe, une représentation individuelle très cartésienne (existence finie dans l’espace spatio-temporel), une représentation religieuse… On pourrait se dire que le sens de la Vie pourrait découler de notre perception de la Mort. La Mort donnerait une perspective à la Vie et poserait les contraintes de la réflexion.
Par exemple, dans le raisonnement présenté plus haut, la finitude associée à la vision de la Mort impose une échéance temporelle dans notre quête de sens. Un être humain pourrait se fixer des objectifs de vie qui lui donnerait un fil directeur et qui lui permettrait de mettre un sens sur ses actes. Cependant, la mort de l’individu pourrait intervenir avant la réussite de ces objectifs de vie. A titre personnel, je trouve cette idée-là terriblement anxiogène : un individu poursuivrait un objectif de vie et échouerait proche de son but. Sa mort provoquerait l’échec de la quête de vie construite par l’individu lui-même. Cet exemple-là montre que la conception de la Mort conditionne le sens que l’on donne à notre Vie.

Lors de mon séjour à Bodhgaya, en Inde, lieu de pèlerinage bouddhiste où le Bouddha atteint l’Eveil, j’ai rencontré le Secrétaire Général d’un grand centre de méditation. Sa vision imbrique étroitement la Vie et la Mort.

Dans sa perspective, il est réducteur de simplement définir la Vie par rapport à la Mort. Et je perçois dans son discours que le sens associé à sa Vie est complètement dé-corrélé de sa mort biologique ou de ses multiples petites morts qu’il évoque. Le sens qu’il accorde à sa vie serait accompli s’il venait à mourir aujourd’hui.

Une perspective temporelle dans la quête de sens

Je n’ai jamais pu considérer la Vie autrement qu’en lui donnant un sens. Cela m’est impossible ! Sinon comment en profiter ? Quelle direction donner à ses actes, même les plus simples ? Pourquoi se lever tous les matins ?

Plusieurs personnes m’ont fait remarquer que cette sensation pouvait s’estomper lorsque des enfants arrivent dans nos vies. Je reste sceptique face à cette réponse. Il est vraisemblable que la perception de soi et du monde soit modifiée, certainement que vivre l’apparition d’un « prolongement » de soi-même permet de décentrer notre ego (si besoin était) pour comprendre plus profondément le sens du cycle de la vie.

Je comprends que la naissance d’un enfant apporte une perspective différente à notre perception du monde et de notre vie. Cela peut effectivement modifier notre schéma de pensée et nous orienter vers une conception où notre vie individuelle s’intègre dans un écosystème plus complexe, un équilibre vivant qui lui est porteur de sens.
Je pense que les personnes pour lesquelles la recherche d’un sens existentiel s’est atténuée avec l’arrivée d’un enfant est lié non pas à l’événement « naissance » mais plutôt au changement du mode de pensée. Le mode de pensée convenant mieux à l’individu, le besoin d’une quête de sens s’atténue.

Lors de ce projet, j’ai constaté que l’âge est un paramètre important de cette quête. D’une manière générale, les personnes jeunes s’interrogent beaucoup et cherchent à apporter des réponses tandis que des personnes avec une expérience de vie plus longue abordent ce sujet avec sérénité et décontraction.
La flèche du temps est un paramètre de cette quête. Les événements d’une vie s’empilent au fur et à mesure et l’individu leur accordent le sens qu’il veut bien y mettre avec le recul nécessaire. Comme si, le temps apportait un sens à nos vies.

Bonheur et quête de sens

Cette quête de sens peut relever de l’obsession dans mon fonctionnement personnel. Le sens existentiel apporte un fil directeur, une force intérieure qui permet d’atteindre le bonheur dans la réalisation, l’accomplissement de ce sens existentiel. Il est une condition nécessaire au bonheur.
Lorsqu’une personne cherche à profiter de la Vie sans donner de sens, elle est en quête de plaisir et non en quête de bonheur. Aussi agréable cela puisse-t-il être, je suis convaincu que les plaisirs hédonistes de la Vie finissent par avoir une certaine fadeur au fil du temps. Les mets les plus fins, les paysages les plus beaux, le confort le plus luxueux… Tout ceci perd un peu de sa saveur avec le temps. Sauf si…
Sauf si votre sens existentiel est précisément là, dans cette appréciation des plaisirs hédonistes de la Vie ! Et je constate ici que ma perception a évolué au cours du projet. Je différencie ici les sensations (du mot « sens ») liés aux moments de Vie agréables, avec la volonté de construction et d’appréciation des sensations liés à ces mêmes moments de Vie.
Prenons un exemple. Une personne qui va profiter d’un week-end en bord de mer dans un bel hôtel en retirera du plaisir. Considérons une deuxième personne pour laquelle profiter des plaisirs de la Vie constitue le sens de l’existence. Elle travaillera, réalisera peut-être des sacrifices pour réaliser le même week-end. Cette deuxième personne prendra le même plaisir mais y trouvera également du bonheur dans la construction et l’appréciation de cette même expérience. Elle y trouvera du sens que la première personne ne verra pas.
A titre personnel, profiter des plaisirs hédonistes de la Vie ne suffit pas à satisfaire ma soif de sens existentiel. Mais je saisis désormais bien mieux la perspective que peut apporter ces quêtes de plaisirs.

Il est également essentiel de souligner que les mots bonheur et plaisir ne sont pas synonymes. Ils dénotent des sensations positives mais différentes.

Dans la quête du bonheur, il est illusoire de ne pas avoir de sens. Celui-ci peut bien sûr être changeant, refoulé, flou, simple ou multiple, mais il existe ! Ce fil directeur est forgé par notre personnalité et construit par nos expériences de vie. Laissons la parole à Saloma, jeune femme bidayuh, pour nous expliquer le sens qu’elle donne à sa vie et à son travail.

Aussi différentes de celles-ci puissent être, les raisons d’être des personnes est l’une des sources de joie les plus intenses de l’existence. Quel bonheur de constater sa propre avancée sur le chemin de son existence ! On se fixe une ligne directrice, un projet de vie et l’on constate que, pierre après pierre, il se met en place. Les moments de plénitude les plus complets sont liés à ce sens existentiel.

Dieu peut-il donner du sens ?

La présence de la religion offre une perspective différente. Le monde peut être perçu par le prisme de la religion qui donne des significations aux actes (aussi bien positives que négatives). Je fus par exemple marqué de ressentir l’importance du pèlerinage à La Mecque pour cet indien. Il m’est extrêmement difficile de comprendre comment ce professeur/couturier, rencontré dans la ville d’Udaipur en Inde, père de famille avec un niveau de vie légèrement au-dessus de la moyenne, pense sérieusement à partir en Arabie Saoudite avec toute sa famille !

En outre, la religion, par la conception d’un Au-Delà offre une perception différente de la vie sur Terre. Celle-ci ne constitue plus une finalité mais plutôt une étape préparatoire à ne pas négliger. Robin appartient à la tribu des Kelabits sur l’ile de Bornéo (Malaisie): il conçoit sa vie humaine comme une préparation à une vie future.

Chercher en soi-même

Dans la diversité que j’ai pu rencontré, quelques témoignages me sont apparus englobants. Le témoignage suivant nous rappelle l’humilité dont chacun doit faire preuve face à cette quête de sens.

Ce serait donc en nous-mêmes qu’il faudrait trouver notre sens existentiel. Aller chercher au fond de son être, avec sa biologie, son histoire, son éducation, son environnement naturel et social, pour contribuer au bien-être de la société humaine en révélant son potentiel.

A plusieurs reprises, je me suis senti perdu, à la recherche d’un sens qui m’échappait. Et je crois avoir rencontré plusieurs personnes dans des situations similaires. Alors écoutez les conseils d’Ummed, guide touristique à Jaisalmer, qui rejoignent la vision d’Isabelle dans une forme poétique. A chacun sa manière !

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