A la recherche du bonheur

Qu’est-ce que le bonheur ?

Le bonheur ! On s’attaque maintenant à un bon gros morceau de philosophie ! Je n’ai pas froid aux yeux et je compte bien creuser pour le trouver ce bonheur.
Avant toute chose, commençons par regarder la définition du bonheur. Allons voir dans un dictionnaire.

Bonheur : Le bonheur est un état de complète satisfaction. Larousse.fr

Cette définition synthétique fait référence à un état de satisfaction et de plénitude. En cherchant un peu plus loin, d’autres définitions apportent des compléments.

Bonheur : Etat de complète satisfaction, stable et durable. DicoPhilo.fr

Nous trouvons ici des précisions importantes. La stabilité de cet état caractérise le bonheur. Cela l’oppose notamment à des états de satisfactions éphémères traversés suite à un accomplissement, un moment fort. La durabilité introduit elle une notion temporelle. Si tant est qu’on le trouve, le bonheur serait prompt à durer dans le temps !
Le bonheur n’est pas un événement épisodique. L’homme dans cet état de satisfaction complète ne peut se méprendre sur la nature du bonheur ! Nous trouvons le bonheur lorsque cet état de plénitude perdure dans le temps.

Parmi les personnes rencontrées au cours du projet, Tambuang fait partie de celles qui m’inspirent cet état de plénitude. Tambuang vit dans une longhouse, un village communautaire traditionnel des peuples primitifs de Bornéo. Ce village situé dans la montagne en pleine forêt tropicale (plus de 2h de pistes éprouvantes sont nécessaires pour rejoindre la longhouse en 4×4) a pour principale activité l’agriculture. Tambuang est la femme du chef de village. Sa présence et son sourire transmettent son bonheur paisible.

Comment rechercher le bonheur ?

Pour le trouver, mieux vaudrait savoir à quoi il ressemble. Et là, la définition stricto sensu nous laisse dans une belle panade ! Le bonheur est caractérisé par l’état dans lequel se trouve l’homme heureux. Il est seulement décrit indirectement. Pas le moindre indice sur comment le reconnaître, sur où le trouver, ni même dans quelle direction le chercher !

Et pourtant, quel être humain ne se dit pas lui-même à la recherche du bonheur ? Quel but ultime pourrait prendre le pas sur cet état de complète satisfaction ?
Par nature, il me semble que l’être humain est à la recherche du bonheur. L’état de complète satisfaction est propre à libérer l’homme de ses tourments et de ses souffrances, quelles qu’elles soient ! Rappelez-moi à l’ordre si je suis biaisé, mais il est impossible de ne pas rechercher ce bonheur.

Pour partir à sa recherche, il nous faut au moins un indice. En revenant à la définition, on comprend que l’individu lui-même est au cœur de la définition du bonheur ! Celui-ci est dépendant de chaque personne puisque l’état de complète satisfaction est personnel, et propre au ressenti de chacun. Il serait ainsi avisé de commencer notre enquête à l’intérieur de nous-même.

La notion de bonheur est intimement liée au désir. Être heureux, ce serait réaliser tous ses désirs, ou du moins réaliser tous ses désirs « importants ». L’homme heureux accomplit les objectifs qu’il s’est fixé, ceux qui ont une valeur pour lui-même. Le bonheur est donc ancré dans l’individu, dans ses projets et ses représentations. DicoPhilo.fr

J’ai retrouvé cette notion d’individualité dans plusieurs définitions comme ci-dessus. Cette notion de désir fait écho à l’état de complète satisfaction. Effectivement, la présence d’un désir induit une satisfaction nécessairement incomplète. Dès lors que le désir se manifeste chez l’individu, il constituerait un obstacle sur le chemin du bonheur.

Aymeric, jeune étudiant en médecine, apporte son éclairage sur la recherche du bonheur.

Son discours apporte une distinction éclairante entre les « bonheurs » éphémères et le vrai bonheur durable.

L’investigation avance : le bonheur trouverait sa source en nous-mêmes et le désir est une barrière à la satisfaction complète caractéristique du bonheur. Mais comment ne pas avoir de désir ? Cela semble si humain !
La manière la plus évidente pour ne pas ressentir de désir est de satisfaire ses désirs. Une fois satisfait, le désir n’a plus lieu d’être. Cependant, vous remarquerez à quel point l’être humain est malicieux ! A peine un désir satisfait, nous voyons naître en nous une nouvelle lubie, un nouvel objet de désir. Cela ressemble à une soif inextinguible.
En renversant le problème, une seconde méthode émerge. Il nous faut trouver un chemin pour diminuer et apaiser la naissance de nos désirs. Il s’agit d’une deuxième voie vers le bonheur.

Le rôle de la conscience

Au regard de notre enquête sur la notion de bonheur, et pour avancer sur le second chemin, comprendre la genèse du désir est une piste instructive. Le désir est un souhait, l’action d’aspirer à avoir. Il est propre à chacun et émerge en réalité de notre esprit.

Lors d’un séjour dans le centre d’étude bouddhiste de Dhagpo Kagyu Ling, Lama Dordje m’a proposé une petite explication sur la conscience. J’ai trouvé ces paroles très éclairantes.
Dans la tradition bouddhiste, le lama est un terme désignant des personnes ayant une certaine expérience de la voie et pouvant l’enseigner. Le lama n’est pas nécessairement une personne religieuse : les titres de moine et de lama ne sont pas équivalents.

Au travers de son discours, notre conscience arrive au centre de notre question. Nous percevons la réalité au travers de notre conscience et nos désirs sont issus de cette même conscience. De là à dire que nous tenons notre homme, il n’y a qu’un pas. La conscience joue un rôle clé sur la route du bonheur.

Le sens de la vie

Quand j’évoque la question du bonheur, la question existentielle débarque immédiatement. Mais comment diable pouvons-nous être heureux tant que nous n’avons pas identifié et intégré le sens de notre existence ? Le fameux pourquoi ? Pourquoi suis-je là, ici et maintenant ?

L’état de complète satisfaction est-il nécessairement conditionné par le sens existentiel ?

Là encore, la complétude de l’individu est sous l’emprise de sa propre conscience. Tant que le désir de sens n’est pas assouvi, le bonheur ne peut être réalisé. Mais dès lors que le désir de sens trouve une réponse ou que ce désir s’évanouit (dans le sens n’existe plus), le sens de l’existence ne semble plus une condition nécessaire au bonheur.

Abandonner sa boussole de vie serait-il la solution ?
L’accès au bonheur serait-il aussi trivial ?

Je n’en suis guère convaincu. Animer sa vie, ses choix, ses actes, par un guide directeur est une puissance source de satisfaction. Mais avant tout,

peut-on même parler de l’existence de sens ?
Pour qui ce sens est-il perceptible ?

En termes plus concrets, lorsqu’un individu réalise un choix de vie, de carrière ou s’investit dans tel ou tel projet, pour qui ces actes peuvent-ils avoir du sens ?

Sens : Raison d’être, valeur, finalité de quelque chose, ce qui le justifie et l’explique. Larousse.fr

Le sens est relatif aux valeurs et aux convictions des individus. Il mesure la cohérence des actes de vie vis-à-vis d’un ensemble de valeurs et de convictions. Vos actes peuvent être cohérents avec votre système de valeurs, mais seront dépourvus de sens pour une personne animée de valeurs différentes. Le sens, si nous l’assimilons à cette cohérence, est perceptible en premier lieu par soi-même mais également par autrui. Néanmoins, pour qu’il y ait existence de sens dans notre vie, seul notre système de valeurs prévaut. Le sens n’est donc aucunement intrinsèque aux actes. Cette analyse souligne que le prisme de notre système de valeurs (et donc de notre conscience) est nécessaire à l’existence d’un sens.

Le sens relève de la cohérence d’actes de vie avec un système de valeurs. Donner un sens à sa vie signifierait-il être simplement en accord avec son propre référentiel ?

Dès lors, la quête (ou le désir) de sens revient à chercher une licorne à 5 pattes puisque ce concept n’a pas de réalité propre ! Il existe relativement à un référentiel. Et ce point est crucial pour éviter de courir sans relâche !

Pour autant, l’absence d’une quête de sens ne signifie pas laisser notre vie en pilote automatique. L’existence d’une cohérence entre nos actes, nos pensées et notre référentiel de valeurs et de convictions est source d’une profonde satisfaction. Et celle-ci peut être réalisée à chaque instant, sans créer un obstacle vers notre bonheur.


Notion temporelle : évolution du système de valeurs

Une petite analogie sportive me semble illustrer la différence entre quête de sens et existence de sens. Prenons l’exemple d’un sportif se préparant pour une course olympique. Ce professionnel va s’investir pleinement dans la préparation de cet événement, s’entourer de coach sportif, diététicien, préparateur mental…
Dans le premier cas, la quête de sens sera pour lui de remporter l’événement. Or, gagner la course n’a de sens que relativement aux autres concurrents, au système sportif dans son ensemble, au public et aux sponsors. Cela n’a pas de sens intrinsèque. Dans l’hypothèse d’une victoire, la satisfaction sera réelle, intense mais éphémère. Notre sportif se replongera immédiatement dans la préparation de son prochain événement.
Dans le deuxième cas, le même sportif se prépare à l’événement pour produire la meilleure performance et décline son plan d’entraînement. Ses choix et ses actes seront en cohérence avec son système de valeurs (produire sa meilleure performance le jour J). Il trouvera ainsi une satisfaction dans la qualité de sa préparation à l’événement, indépendamment du résultat. Sa victoire (ou non) sera une conséquence et ne conditionnera en rien la satisfaction de sa course si ce dernier est en accord avec son système de valeurs. L’existence de sens sera la même !

Notre bonheur nous appartient

Pour achever cette exploration du bonheur, je souhaite laisser la parole une nouvelle fois à Lama Dordje. Ses paroles sur la conception bouddhiste m’apparaissent, à titre personnel, comme une belle ouverture.

Le bonheur est accessible et nous en avons les clés. Chacun, dans la mesure de sa situation, est capable d’évoluer vers son bonheur.

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