Apporter à sa communauté, ça veut dire quoi ?

Je suis toujours fasciné d’observer les comportements humains autour de moi. Pourquoi certains se concentrent autour de la nébuleuse familiale ? Pourquoi d’autres individus vont s’investir corps et âme dans des activités caritatives ? Pourquoi certains sont plus prompts à l’écoute que d’autres ? Pourquoi donne-t-on de l’importance, ou non, à la résolution d’un conflit ? Les questions sont innombrables pour s’interroger sur pourquoi tel comportement et non tel autre. En me lançant dans ce projet, j’avais la conviction qu’une partie de la réponse résidait dans la perception que chacun à de lui-même et de son groupe social. J’avais donc en tête d’explorer la représentation que chacun se donne de son groupe social, de ce qu’il y projette, et de comment il se positionne par rapport à lui…

Durant mes études, et toujours depuis, j’ai positionné le sens de mes actions par rapport à leur impact sur la « société ». La « société », un terme un peu fourre-tout, un mot largement utilisé dans lequel on peut mettre beaucoup de choses différentes. En prenant le temps de l’expliciter, je me suis rendu compte que derrière ma « société » se cache un double sens. Tout d’abord, je positionne mes actions par rapport à la société humaine, à l’échelle du monde. Mais dans un langage plus courant, je fais référence à la société occidentale (européenne ?) dans laquelle j’évolue quotidiennement.
En outre, la notion temporelle peut compléter la caractérisation du mot société. A l’échelle du monde, suis-je par exemple en train de parler des humains existants aujourd’hui sur la planète, ou suis-je en train de me projeter vers une société humaine en tant qu’espèce avec une vision de long-terme ?

Cette réflexion m’a amené vers les autres. Comment se représentent-ils dans leur environnement social ? Positionnent-ils le sens de leurs actions par rapport à un impact sociétal extérieur ? Si tel est le cas, par rapport à quel groupe social ? Je voulais recueillir des expériences humaines et mesurer la richesse des perceptions individuelles sur le sujet.

Du cercle familial à la communauté humaine, deux représentations extrêmes de notre groupe social

Ma première étape était de comprendre comment l’individu se représente son groupe social. Le niveau de perception de l’individu de sa propre interaction avec les autres est assez variable. Et cela se traduit souvent par un sentiment d’appartenance, d’intégration plus ou moins étendu (de la famille à l’ensemble de l’humanité, en passant par la ville, le pays ou le groupe religieux). Ainsi, au cours du projet, j’en ai perçu deux grands extrêmes.
Un directeur d’agence touristique en Inde me témoignait de manière très honnête vouloir apporter un confort matériel en quasi-exclusivité à sa femme et à son fils. A l’inverse, le jeune Lester, cuisinier d’un temps dans les rues de sa ville d’origine sur Bornéo, élargit l’horizon de sa communauté à l’humanité toute entière.

Dans la diversité des trajectoires personnelles que j’ai pu rencontrer, j’ai été heureux de découvrir qu’une majorité de personnes se perçoive comme faisant partie d’un groupe humain assez large (en tout cas non limité à l’échelle de la famille).
Dans une échoppe calfeutrée du fort de Jaisalmer, j’ai rencontré Idris, casquette vissée sur la tête, chewing-gum à la bouche avec un look rappelant celui d’un supporter de baseball américain. Après avoir sympathisé en m’expliquant les différentes qualités de textiles de sa boutique, il accepte de me répondre.

Cela me réjouit de partager une envie commune de découverte de l’autre, de volonté de comprendre pour transformer son environnement, d’améliorer notre manière de vivre ensemble. En effet, qui sommes-nous en tant qu’individu pour pouvoir prétendre à autre chose que le nécessaire pour subvenir à nos besoins ? La mort finira par nous emporter, notre petit moi et, dans un laps de temps plus long, les traces que nous avons pu laisser dans ce monde. Que nous subsistera-t-il ? Le monde et ses écosystèmes, puis plus loin, l’espace, ses planètes, et tout ce que nous ne connaissons pas encore.

La relation à notre communauté sociale

Si nous en avions fini avec ce que nous nous représentons comme étant notre communauté sociale, il est temps de nous interroger sur la relation que nous entretenons avec elle. Est-elle quotidienne ? Diffuse ? Symétrique ? A sens unique ? Solide ?
En me posant moi-même ces questions, la première évidence est que cette relation avec notre groupe social est en perpétuelle évolution au cours de la vie. A la fois, dans la représentation que nous nous faisons de notre groupe social, mais également dans nos échanges avec lui. Durant notre jeunesse, nos études, ce groupe nous protège, nous encadre, nous construit et s’efforce de nous donner des clés pour prendre pied à notre tour dans la vie. Le plus souvent par notre famille, mais également par le biais d’institutions sociétales (le regard bienveillant d’un adulte sur un enfant, le système éducatif…). Puis l’individu s’étant construit avec sa trajectoire personnelle, il peut alors contribuer en retour (à son tour ?), de manière plus active au fonctionnement et au développement du groupe social.
Et si nous devions identifier tout ce que nous apportons à notre groupe social ? Qu’apportes-tu, toi, lecteur, à ta communauté ?

Afin de répondre, il me paraît nécessaire de s’interroger sur le sens du mot apporter (ou contribuer). Que se cache-t-il derrière ce terme ? J’y entends une couleur positive, une action pour faire progresser notre groupe social vers un « mieux ». Un « mieux », en vertu de quels indicateurs ?

A nouveau, chacun viendra avec son propre set, ses idées ou ce que l’on appelle communément un système de valeurs. En voulant apporter du « mieux » au groupe, chacun agira en fonction de ce qu’il lui semble le plus pertinent dans la situation rencontrée.
Pendant une année, j’ai côtoyé Aziz, dans un commerce de fruits et légumes en banlieue parisienne. Parfois un bonjour, parfois une discussion d’actualité, Aziz était heureux d’échanger avec ses clients, de les écouter. En démarrant ce projet, j’avais en tête de retourner interviewer cet homme.

Comment apporter ?

Imaginons maintenant que chacun puisse choisir d’apporter quelque chose à son groupe social. De quelle manière apporteriez-vous votre contribution ?

Derrière cette interrogation, se cache la multiplicité de ce que chaque individu peut apporter dans son environnement. Chacun, par sa personnalité, sa trajectoire, sa sensibilité, sa situation, contribuera à sa manière. Je vous en propose une classification issue de mon expérience et des échanges du projet : la réalisation, le vivre-ensemble ou la transmission.

Tout d’abord, chacun peut participer à son groupe social par ses réalisations, matérielles ou non, qui rempliraient une fonction pour la communauté (une maison individuelle, un avion, une entreprise, un restaurant…).
A proximité du Palais Royal d’Udaipur, j’avais pris rendez-vous avec un indien francophone rencontré au tabac, qui avait montré un fort intérêt pour le projet. Après un quiproquo aussi étourdissant que le vacarme des rues indiennes, je me retrouve face à Suresh. Suresh témoigne d’une conscience forte de ses responsabilités vis-à-vus de ses employés, contribuant ainsi à sa communauté sociale.

Ensuite, j’ai remarqué une autre typologie d’apport autour du vivre-ensemble de la communauté, ou comment l’individu par sa parole, ses actions, sa présence peut améliorer l’expérience de vie des personnes et du groupe social. Cela peut par exemple se traduire par la production d’idées pour transformer notre organisation sociétale, économique, nos moeurs…
C’est dans un centre d’étude bouddhiste en Dordogne que j’ai rencontré Lama Dordje. Lama Dordje est calme, et transmet autour de lui une confiance, tel un repère comme il le dit lui-même.

Enfin, l’apprentissage partagé. Je crois qu’une des clés pour aller vers une progression de notre groupe social (quelque soient les indicateurs considérés) est notre capacité à faire vivre nos expériences de vie, et ceux que nous y avons appris. En y ayant consacré un article, la transmission apparaît pour moi comme un outil de progression essentiel. Ainsi, nous pouvons contribuer à l’enrichissement, le développement des individus ou du groupe social par la transmission et le partage de notre expérience personnelle ou collective.
A ce sujet, j’ai été touché par les paroles de Vishal, jeune indien francophone de la ville de Bénarès. Malgré son jeune âge, il est conscient du rôle d’exemple qu’il porte dans son quartier grâce à son expérience personnelle.

En soi-même

Alors finalement, qu’est-ce que notre petit individu apporte-t-il à son groupe ?
Pour terminer cet article, je laisserai à chacun le soin de se répondre en toute honnêteté. Mais je garderai de ce projet une conviction : nous contribuons et inter-réagissons avec notre environnement très souvent, souvent bien au-delà de ce que nous en avons conscience !

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